DU STUDIO DE RÉPÉTITION AU STUDIO 15 : LE JAZZZ SUR LES ONDES (2)

Après une première session très réussie de concerts Espace JazzZ la semaine précédente, des étudiants de la filière jazz de l’HEMU ont remis le couvert ce mercredi 26 avril sur le plateau du Studio 15 de la RTS à Lausanne.

Invités par Yvan Ischer à présenter leurs projets musicaux dans son émission JazzZ sur Espace 2, c’est à nouveau avec beaucoup de panache que deux groupes d’étudiants de l’HEMU, menés cette fois-ci par le contrebassiste Piotr Wegroswki et le trompettiste Shems Bendali (tous deux en 1ère année de Master d’interprétation musicale) se sont produits ce mercredi 26 avril devant un public de mélomanes largement séduits. 

Deux concerts pour un programme parfaitement hétéroclite, avec d’un côté Solid Lake – quintet de jazz aux influences post-rock, porté par Piotr Wegrowski – et de l’autre « Tribute To Clifford Brown », un projet hommage au célèbre trompettiste américain, icône des courants bebop et hard bop, brillamment incarné par le jeune Shems Bendali.

Solid Lake, tout d’abord. Le nom seul a de quoi faire frémir. A son évocation, on imagine sans peine un lac gelé, perdu dans un no man’s land au cœur de l’hiver. Et les images qui nous viennent en tête en entendant les premières notes esquissées par le quintet confirment ces visions initiales, frissonnantes de beauté. Piotr Wegrowski et son groupe nous emmènent dans un monde parfois rassurant et parfois inquiétant, fait de couleurs étranges : « Ocre », « Vert de gris », « Vermeille » ; les noms de ses compositions évoquent en elles-mêmes tout un univers sonore. Les spectateurs n’ont d’autre choix que de se laisser embarquer par le son « froid », « hivernal » (comme aime à le décrire le leader du groupe) mais si mélodique du piano, qui s’emballe sous les doigts d’Andrew Audiger, soutenu dans sa prose par les martèlements du batteur François Christe et le son sourd de la contrebasse de Piotr Wegrowski. A cela viennent s’ajouter le chant planant de la trompette ou du bugle – qui prennent vie avec une aisance remarquable sous le souffle parfaitement maîtrisé du talentueux Zacharie Ksyk – et celui si fluide de la guitare d’Etienne Loupot. Chaque morceau vient dessiner un décor nouveau, entre nature ensommeillée et usine déglinguée, peignant en l’espace de quelques minutes un tableau sombre ou légèrement mélancolique, mais toujours avec une grâce et une finesse infinies, comme si nous glissions, inéluctablement, dans le rêve.

Une ambiance avec laquelle va totalement contraster la deuxième partie de la soirée, assurée par Shems Bendali et ses compagnons de scène. Habillés smart en costards, cravates et chaussures cirées (et en bonus pour notre « Brownie » d’un soir, des lunettes d’intellectuel sorties exprès pour l’occasion !), c’est un véritable retour aux années cinquante qui est proposé au public ; lequel est manifestement enchanté de ce petit voyage dans le temps. Au piano, nous retrouvons Andrew Audiger, qui nous démontre habilement toute l’étendue de sa palette musicale. La section rythmique, endiablée, est quant à elle représentée par Yves Marcotte à la contrebasse et Nathan Vandenbulcke à la batterie, et la section cuivres par Arthur Donnot au saxophone ténor et – bien sûr ! – Shems Bendali (aka Clifford Brown) à la trompette. Et c’est avec un plaisir évident que les cinq musiciens nous embarquent sur la planète « Brownie », entre rythmes effrénés et tendres ballades, délivrant toute l’âme et la richesse de cette Black Music à l’ancienne, follement joyeuse et libératrice. A tour de rôle, les musiciens entament des solos, tous plus enjoués les uns que les autres, ravivant ainsi des sourires radieux sur les visages des spectateurs. On sent d’ailleurs chez certains une frustration à peine dissimulée de ne pouvoir se lever pour danser ; frustration qu’ils tentent comme faire se peut d’apaiser en se répandant en chaleureux applaudissements à la fin de chacune de ces improvisations déchaînées, saluant tout particulièrement les éclatantes envolées de la trompette, sacrée reine absolue de la soirée. Une belle réussite, donc, pour Shems Bendali, dans son incarnation d’un des artistes de hard bop les plus reconnus et appréciés de son époque – et qui a su magnifiquement inspirer le jeune trompettiste, en route pour une carrière qui pourrait bien s’annoncer prometteuse.

> Retrouvez ici les photos et le podcast de l'émission du 26 avril !

Partager la page :

NEWSLETTER
Abonnez-vous et recevez nos dernières actualités !