V COMME VIAN OU LE PLAISIR DE SE PRENDRE « UNE BONNE PAIRE DE CLAQUES DANS LA GUEULE »

Invité une nouvelle fois à se produire à l’occasion du célèbre Montreux Jazz Festival, l’HEMU Jazz Orchestra a ouvert, samedi 1er juillet à l’Hôtel des Trois Couronnes de Vevey, la série de concerts « Out of the Box » par un vibrant hommage au délirant parolier et trompettiste français Boris Vian.

Ils étaient une petite équipe à se rendre ce samedi 1er juillet au très étoilé Hôtel des Trois Couronnes de Vevey pour inaugurer la nouvelle série de concerts « Out of the Box » du Montreux Jazz Festival. Sept musiciens, entassés dans une petite loge à proximité de la splendide salle où ils devaient présenter pour la toute première fois une création inédite autour de l’œuvre du mystérieux Boris Vian.

On le connaît surtout pour son œuvre littéraire ; moins pour sa prose musicale. Et pourtant, Boris Vian vouait au jazz, et à Duke Ellington en particulier, une passion dévorante. Au point que les amateurs de la note bleue retiennent encore de lui cette superbe citation : « sans le jazz, la vie serait une erreur ». Et pour cause, le répertoire musical de l’auteur de L’Écume des Jours, trompettiste assidu des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés, est riche. Du poétique Barcelone au très évocateur Fais-moi mal Johnny, en passant par le cri politique du Déserteur, l’artiste a laissé à sa disparition un trésor musical inestimable.
 

C’est donc à ce riche répertoire, entre jazz et chanson française, que se sont attaqués les musiciens de l’HEMU Jazz Orchestra. Sous la codirection artistique de Thomas Dobler (vibraphoniste du projet et responsable du département jazz de l’HEMU) et de Francis Coletta (phénoménal guitariste et professeur à l’HEMU site du Flon), les cinq étudiants sélectionnés pour participer à cette belle aventure ont eu du pain sur la planche. Outre l’intégration des arrangements complexes réalisés par leur professeur Philip Henzi ainsi que leurs collègues étudiants en Master de composition Florian Marques et Yves Marcotte, il aura aussi fallu faire ressortir la dimension quasi théâtrale de l’univers de Vian. Une mission accomplie avec brio par le jeune Émile Schaffner, petit surdoué des cordes vocales, qui a beaucoup appris auprès de la grande Susanne Abbuehl, professeure de chant au département jazz de l’HEMU. Doté d’une magnifique tessiture et maîtrisant à la perfection les techniques de souffle et de diction qui lui ont été enseignées, le chanteur a su donner vie aux textes écrits soixante ans plus tôt par ce génie des mots qu’était l’irrévérencieux Boris. Une belle réussite, quand on connaît l’exigence du public du Montreux Jazz Festival, avide d’excellence musicale.

Mais le coup de maître de l’interprète réside également dans sa capacité à recréer virtuellement le personnage de Vian. Revêtu d’un costume gris un peu trop grand pour lui, d’une cravate et d’un chapeau, Émile Schaffner s’est véritablement retrouvé, l’espace d’un concert, dans la peau de son héros et des multiples personnages auxquels il donne corps dans ses chansons. Soutenu avec élégance par les instrumentistes du projet (Thomas Dobler au vibraphone, Francis Coletta à la guitare, Manu Hagmann à la contrebasse, Micaël Vuataz au saxophone alto, Arthur Donnot aux saxophones ténor et baryton et Shems Bendali à la trompette), le vocaliste a pu véritablement se lâcher, laissant l’humour acide des textes de Vian s’attaquer aux nerfs d’un public définitivement sous le charme. 

Des nouvelles réjouissantes pour l’équipe de « V comme Vian », puisque le spectacle sera reconduit (sous une forme quelque peu différente) en mars 2018 dans le cadre de la série de concerts Le Flon Autrement au BCV Concert Hall de Lausanne. Affaire à suivre !

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