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Premières explorations du labyrinthe sonore de there is no gap between bird and song

Quatre versions pour alto signées Marco Fusi dévoilent une étape clé du projet de recherche InstrAct

Le projet de recherche InstrAct – Exploring Instrumental Agency in Contemporary Viola and Viola d’Amore Practices, mené à l’HEMU, franchit une étape importante avec la mise en ligne des premières versions de l’œuvre there is no gap between bird and song, composée par Scott McLaughlin écrite pour et avec le chercheur et musicien Marco Fusi. Ces quatre versions pour alto, enregistrées en juillet 2025, sont les premières explorations d’un labyrinthe sonore dont les chemins se réinventent à chaque interprétation. Elles sont accessibles sur YouTube.

Pensée comme une pièce « en mouvement », there is no gap between bird and song s’appuie sur l’idée que l’instrument possède une forme de participation active : il influence non seulement les sons produits, mais aussi la trajectoire même de la composition et de l’interprétation. Ce principe est au cœur d’InstrAct, qui cherche à modéliser la manière dont l’alto et la viole d’amour participent à la genèse de nouvelles œuvres et à l’évolution de leurs lectures musicales à la genèse de nouvelles œuvres et à l’évolution de leurs lectures musicales, en mobilisant des références issues de la psychologie écologique et de la théorie de l’acteur-réseau (ANT, Actor-Network Theory).

Interrogé sur sa découverte de la pièce, Marco Fusi souligne l’intensité d’un travail mené main dans la main avec le compositeur : « La pièce de McLaughlin s’est développée dans une collaboration particulièrement étroite et exigeante, qui a permis l’apparition de moments de surprise, de joie et de véritable découverte. La pièce ne repose pas sur une partition traditionnelle ; elle se construit à partir des sons révélés par l’instrument lui-même, et des réactions qu’il propose. » Cette approche ouvre un champ d’expérimentation rare, fondé sur l’écoute, l’imprévisible et la plasticité du geste instrumental.

La métaphore du labyrinthe n’est pas un simple effet d’image : la pièce se présente comme une succession d’embranchements dont l’instrument indique les possibles. « Ce qui m’a profondément touchée, c’est la liberté d’écouter mes sons non pas pour les contrôler ou les corriger, mais pour leur permettre d’exister pleinement et de guider à la fois mon geste et le développement même de la pièce. Un labyrinthe est un espace où l’on peut réellement se déconnecter du monde extérieur et habiter la présence du son et des sensations, à condition de ne pas craindre de s’y perdre un instant. » Cette posture d’abandon assumé, rarement revendiquée dans l’interprétation classique, constitue l’un des axes de recherche d’InstrAct : comment l’instrument devient-il partenaire, voire initiateur ?

Les enregistrements de juillet témoignent de ce développement organique : « Les quatre versions témoignent d’un développement organique d’un même ensemble de matériaux. […] En partant de sensations et d’élans comparables, chaque version a suivi sa propre trajectoire, laissant surgir ou disparaître des sons, et traçant ainsi le véritable chemin de la pièce. » L’usage de petits anneaux de bois insérés entre les cordes, une préparation instrumentale discrète mais déterminante, modifie la matière sonore et influence directement le parcours interprétatif. Ces premières versions pour alto annoncent déjà la suite du travail : la viole d’amour, instrument dont le répertoire est moins stabilisé, sera l’objet de nouvelles explorations au sein du projet.

L’un des apports majeurs d’InstrAct réside dans sa méthodologie de documentation, pensée comme un volet scientifique à part entière. « La documentation du projet est particulièrement riche. […] Chaque version est filmée par trois caméras différentes, […] l’audio est capté par plusieurs microphones […] Un spectrogramme est synchronisé avec l’image et le son. » Un commentaire audio réalisé par le compositeur et le chercheur est actuellement en production, offrant une lecture en temps réel du geste et du son.

Les phases préparatoires du projet – ateliers, discussions, écriture – font également l’objet d’un archivage approfondi, permettant d’articuler création et recherche dans une dynamique réflexive qui caractérise la recherche artistique.

Que souhaite-t-il que le public découvre dans ces premières explorations ? « Je suis convaincue que cette pièce est avant tout une expérience d’écoute et d’accueil. […] Qu’il y découvre une autre dimension d’écoute, fondée sur l’éphémère et l’unique, et sans destination prévisible. »

À propos de Marco Fusi

Violoniste, altiste et spécialiste de la viola d’amore, Marco Fusi est l’une des voix les plus engagées de la création contemporaine. Formé au Conservatoire de Milan (en violon et composition), docteur de l’université d’Anvers et ancien Associate Researcher à l’Orpheus Instituut, il a collaboré avec de nombreux compositeurs majeurs et s’est produit aux côtés de chefs et ensembles internationaux. Depuis septembre 2024, il est professeur assistant de recherche artistique à l’HEMU.
> Site internet

Écouter le morceau

Fusi, M. (2025). Scott McLaughlin, there is no gap between bird and song – viola instances

Premières explorations du labyrinthe sonore de there is no gap between bird and song

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