LE SUCCÈS D'UNE COLLABORATION PROMETTEUSE
Le concert du 4 novembre 2021 a débuté avec l’une des œuvres emblématiques de Claude Debussy, La Mer, sur la scène du Métropole. Son langage harmonique ainsi que son orchestration extrêmement riche et raffinée accroche immédiatement le public. L’essentielle compréhension de toutes ses subtilités n’a pas pour autant effrayé nos jeunes musicien·nes qui, après avoir travaillé dur, ont assuré la pièce du début à la fin. L’orchestre n’interprète pas La Mer, il l’incarne. Les motifs agités dans « jeux de vagues » nous rappellent l’ondulation de la houle tandis que le troisième mouvement met en musique la confrontation du vent et de la mer.
Ces trois esquisses symphoniques ne sont à ce stade, que les prémices d’un concert aux allures cinématographiques. Le Poème pour violon et orchestre d’Ernest Chausson nous est ensuite proposé par la talentueuse violoniste japonaise Rio Arai, lauréate de nombreuses distinctions et actuellement étudiante à l’HEMU – Valais-Wallis auprès de Janine Jansen. La pièce est, en elle-même, d’une délicatesse incroyable. Mais le jeu de la violoniste est formidable et renforce cette extrême douceur ; chaque note est juste, cristalline. Le public est envouté, hypnotisé par cette performance. Rio Arai n’était pas qu’une soliste au milieu de l’orchestre, elle était le souffle de celui-ci.
L’auditoire a même droit à une surprise : la talentueuse soliste Rio Arai réapparaît après sa prestation pour offrir une sublime interprétation, tout aussi époustouflante que la précédente, de la Méditation de Thaïs de Jules Massenet délicatement accompagnée par les harpes.
La seconde partie du concert nous amène vers une synthèse entre le poème symphonique et le monde du ballet grâce à La Valse de Maurice Ravel. Les premières mesures des contrebasses dans l’extrême grave tranchent avec le reste du programme. L’orchestre nous fait tournoyer avec lui dans cette danse emprunte d’une force destructrice. La musique déchaîne les passions, mais l’orchestre garde un contrôle total sur celle-ci, en ne se laissant pas dépasser par ce « poème chorégraphique ».
Tonnerre d’applaudissement pour les musicien·nes ! En coulisses, les musicien·nes sont soulagés et ravis. Pour Julien De Balbine, étudiant percussionniste à l’HEMU : « pouvoir apprendre sur des œuvres aussi énormes est une expérience géniale ». Il évoque « une étincelle » et le sentiment « d’être dans le vif du métier ». Eva Kieffer, étudiante flûtiste en Master de pédagogie, nous avoue que : « le concert a fait beaucoup de bien. Être à coté de personnes qui ont plus d’expérience met à l’aise et en concert ça se ressent vraiment beaucoup. »
Du coté des musiciens professionnel, Cyrille Cabrita Dos Santos, violoncelle solo du Sinfonietta de Lausanne, évoque cette collaboration comme un échange : « ça change énormément la donne pour les étudiants d’être parmi un effectif de 80 musiciens plutôt que seul devant son professeur. Le travail d’orchestre, c’est un travail à plein temps, compliqué. J’espère que cette expérience aura donné l’envie à certains étudiants d’aller plus loin. En tout cas, les étudiants sont réactifs, on se languit d’un prochain épisode en leur compagnie ».
Les étudiant·es comme les musicien·nes professionnel·les semblent enjoué·es par cette collaboration renforcée entre l’HEMU et le Sinfonietta de Lausanne, et le public est conquis !
Compte rendu de Manon Devulder, organiste étudiante en Bachelor auprès de Jean-Christophe Geiser.
