LITTLE MATCH GIRL PASSION : LITURGIE À L'HONNEUR

[ Vu et entendu par Emma Delannoy ]

C’est dans le cadre du partenariat avec le Festival International de Musiques Sacrées de Fribourg que se rencontrent le temps d’une soirée, deux œuvres, deux compositeurs et deux atmosphères aux multiples différences. Le 19 novembre 2021, l’église du Collège Saint-Michel a accueilli les voix de 40 chanteurs et chanteuses de l'HEMU sous la baguette du chef Nicolas Fink.

Little Match Girl Passion

Le concert s’ouvre sur l’œuvre de David Lang Little Match Girl Passion ou Passion de la petite fille aux allumettes. On est alors immédiatement plongé dans une atmosphère dénuée de chaleur et de lumière et pourtant si représentative du conte d’Andersen. Pas de superflu, pas d’orchestre, non, seulement les chanteurs et chanteuses de l’HEMU, dont certains revêtent même le rôle de percussionniste parés de grosse caisse, cloches tubulaires ou encore Gockenspiel. 

Ce format si épuré et minimaliste rend cette passion extrêmement touchante puisque que seules les voix nous content, à travers des thèmes répétitifs, l’histoire de cette enfant errant dans les rues enneigées de Copenhague. Engourdie par le froid, elle tente de se réchauffer en brûlant ses dernières allumettes. 

Cette passion – nommée ainsi par son auteur David Lang pour son étymologie latine qui renvoie à la souffrance – est d’une grande expressivité puisque l’on ressentira ce froid même jusque dans les voix des interprètes qui finissent par « trembler » vocalement au moment d’exprimer la phrase annonciatrice « When it’s time for me to go ». On comprend donc que le destin de cette pauvre fillette est figé. Finalement, ce texte est mis en musique de façon si intime que les auditeurs sont comme invités à être au cœur même du récit et à vivre toutes les émotions que traverse la petite fille aux allumettes.


Changement de décor avec Tomasi

Le concert se poursuit avec Les fanfares Liturgiques d’Henri Tomasi. Changement radical d’instrumentation, bienvenue aux cuivres, percussions, chœur et soliste prêts à faire résonner de façon extrêmement saisissante les quatre mouvements de l’œuvre. Changement radical également au niveau de l’ambiance puisque l’œuvre débute en fanfare avec un premier mouvement dédié uniquement aux cuivres. On notera la qualité sonore de l’ensemble des cuivres de l’HEMU qui nous projette presque dans un film aux aspects intergalactiques. 

Et ce n’est pas tout, le dernier mouvement de l’œuvre débute sur un mystère percussif et grandit progressivement avec la voix ronde et chaleureuse de la soprano Sara Notarnicola. On souligne tout de suite la diction impeccable de la chanteuse et sa puissance vocale. C’est avec une aisance épatante qu’elle réussit à passer à travers le mur de percussions, de cuivres et de chanteurs et chanteuses qui l’accompagne. Lorsque l’on parle avec Sara Notarnicola, on ressent très vite son amour pour la pièce « c’est une œuvre qui mêle un certain lyrisme et de grandes envolées, et qui évidement demande une certaine tonicité physique, mais qui, lorsque le corps est en phase, laisse la voix profiter pleinement de cette musique grandiose. » 

En somme, le public vit un moment unique : grâce à la maîtrise de tous les musiciennes et musiciens présents sur scène et à la résonnance qu’offre l’église Saint-Michel, il est comme percuté par cette marée sonore et ces harmonies particulièrement intéressantes.


Un chef apprécié

De plus, tout au long du concert on ressent un chef investi et très à l’écoute des musiciens. En effet, Nicolas Fink a su diriger ces ensembles avec brio et son engagement s’est d’ailleurs fait ressentir. Sara Notarnicola confie à son sujet qu’il a su mener le programme de ce concert avec « une efficacité redoutable tout en alliant humour et décontraction. Ce fût un réel plaisir et honneur de pouvoir travailler avec lui. » 

En conclusion, on ressort de cette soirée dédiée à la musique sacrée, rempli d’émotions mais surtout d’émerveillement devant la qualité de ce qui a été joué. 


Compte rendu d'Emma Delannoy, chanteuse étudiante en Master de Concert auprès de Jeanne-Michèle Charbonnet.

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